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Mar 8, 2016

Charlotte Desmousseaux

L’amour à la page

Cuisine, développement personnel ou Prix Goncourt, pour Charlotte Desmousseaux conseiller un livre, c’est avant tout du lien social. Avec optimisme et conviction, elle a décidé de désacraliser la littérature dans sa librairie de la rue Joffre, La Vie devant soi.

Le regard est à côté, mais les yeux sont clairs et vifs. Jeune trentenaire au chic décontracté, Charlotte Desmousseaux parle avec les mains, pouffe et s’esclaffe. De sa voix douce, jaillit l’excitation d’une petite fille. Quand un client lui demande conseil, elle donne son avis sans gêne : « Caca boudin, c’est pile la tranche d’âge de votre enfant quand il commence à socialiser ! Celui-là, il prend un coup de couteau dans le ventre, mais c’est super ! » Ses yeux sont collés à son écran, pourtant le soleil inonde les étagères de bois clair. On entend l’église sonner, une musique soul sort de l’ordinateur. La Vie devant soi a vu le jour en partie grâce à un crowdfunding.
Epaulée à la boutique par son mari et soutenue par 14 actionnaires, Charlotte maîtrise les réseaux sociaux. « Nous avons monté la librairie parce que nous ne voulions pas quitter Nantes ! » Amis, professionnels de l’édition et auteurs l’ont suivie en nombre dans ce projet presque fou qu’est la création d’une librairie à l’ère de la tablette.
Enfant, elle écume les bibliothèques et veut être écrivain. Mais ça ne marche pas. « J’écris hyper mal, c’est affreux ! Mais c’est pas grave. Alors je me suis dit : qu’est-ce que je peux faire avec les livres ? » Après une fac de sociologie à Marseille, la jeune femme débarque à Nantes pour suivre une formation Métiers du livre. De la Librairie du Château à celle des Machines en passant par la jeunesse aux Enfants terribles, Charlotte mûrit pendant 13 ans son projet de créer « son lieu » qu’elle pense en commerce de proximité. « On voulait être au cœur d’un quartier pour que les gens passent voir leur libraire en allant acheter le pain. Et ce même s’ils ne viennent pas acheter un livre ce jour-là, qu’ils aient envie de papoter. » La découverte du local rue Joffre tombe à pic. « Quand j’ai fait l’étude de marché, le quartier était quasiment représentatif de la typologie de la ville de Nantes. On y retrouve toutes les classes sociales, tous les profils. »
Faire éclore des projets, Charlotte sait faire : elle accompagne Nicolas Thévenin lors de la création de la revue cinéphile Répliques, rédige des critiques littéraires pour le magazine Bigre et s’apprête à éditer un recueil de textes de ses écrivains préférés sur leur lien à la librairie. Si elle s’avoue débordée, elle promet de bientôt « inventer de nouveaux trucs ». Car même si Charlotte a La Vie devant soi, la libraire n’a pas de temps à perdre.

Le 8 mars 2016

Par Marion Le Nevet
Photo Gregg Bréhin
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