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Fév 8, 2016

Guénaël Boutouillet

Marge avant

« Auteur, mais pas écrivain », Guénaël Boutouillet est de toutes les lignes : numériques, critiques, expérimentales, poétiques, collectives, participatives, rarement narratives… Rencontre avec un homme livre étonnant.

Lorsque ce Breton issu de la classe moyenne populaire a accepté le jeu du portrait, nous ne pensions absolument pas rencontrer un quadra aux vies littéraires aussi multiples. Ce membre actif de Remue.net, site de création littéraire et de critique fondé par François Bon, a passé sa vie, et continue de la passer d’ailleurs, à gravir toutes sortes de marges : celle de L’Ultime Atome, fanzine expé/décalé autour de la culture techno et fabriqué avec « un Word pourri » au milieu des 90’s, celle du festival pour juillettistes exigeants d’Écrivains en bord de mer, celle de l’IUT formant aux Métiers du Livre où il donne des cours, celle des médiathèques où il intervient régulièrement et toutes celles que l’on n’a pas la place de citer.
Pour autant, Guénaël Boutouillet n’a « pas de manuscrit qui attend dans le placard. Écrivain, c’est faire œuvre. C’est consacrer sa vie à cela. Je préfère faire de la critique littéraire à un beau niveau d’exigence ». Une exigence qui, en langage courant, signifie ne pas céder à la dictature du tweet. « Même si je ne le récuse pas, je ne me contente pas d’un picth ». Non, celui qui installe pêle-mêle dans son Panthéon littéraire Goossens, Don DeLillo, André Markowicz et le Bret Easton Ellis de Moins que zéro, questionne en permanence la langue, ne rejette pas le mainstream et se pose la question du plus grand nombre. « Je mène une vie ordinaire, j’habite en banlieue et je n’ai pas renoncé à mettre en partage un objet aventureux, avant-gardiste et admettre que les gens ne le comprennent pas. Je ne suis pas un magicien. Pour autant, la question politique de toute cette affaire m’anime tous les jours, explique ce fervent défenseur de Jean Vilar et donc de l’éducation populaire. Et puis, je n’aime pas le terme élitiste qui selon moi, a été détourné de manière dégueulasse ».
Même si ses lectures apparaissent peu dans le classement des meilleures ventes de Livres Hebdo, Boutouillet se félicite des succès de Maylis de Kerangal ou Lola Lafon. « Ça marche sans un délire promotionnel. C’est bien la preuve qu’il y a des espaces possibles ». Des espaces possibles derrière la planche à billets pilotée par Mac Levy et ses boys. Et à sa façon, Guénaël Boutouillet, cette « bizarrerie de par (s)on statut multiple », participe quotidiennement à mettre en lumière des zones d’ombre littéraires dans lesquelles le lecteur aventureux ne doit pas craindre de plonger.

Le 8 février 2016

Par Arnaud Bénureau
Photo Gregg Bréhin
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