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Nov 23, 2017

Lucas Hervouet

Poke et match

Depuis plus d’un an, Lucas Hervouet mène le jeu du FC Nantes sur l’ensemble des réseaux sociaux. À 23 ans seulement, ce Nantais à la vie, à la mort est aux manettes des comptes qui pèsent le plus sur la place.

C’est à la buvette de la tribune de presse de La Beaujoire que nous avons fait la rencontre de Lucas Hervouet. Entre un tweet et une tranche de rôti froid. À l’époque, le club commençait son chemin de croix balisé par René Girard. Cet ancien numéro 7, « comme Jules Iloki », était partant pour le jeu du portrait. Mais les résultats et la galère dans lesquels le FC Nantes s’embourbait, avaient poussé le licencié en information et communication à décliner poliment notre invitation. On avait bien compris. « Même si je dois faire comme si les résultats n’existaient pas, je suis confronté directement aux supporters et donc aux critiques. Si je les prenais pour moi, ça allait me bousiller. Il fallait prendre du recul. » Puis Conceiçao est passé par-là. La suite de l’histoire, nous la connaissons. Celle de Lucas Hervouet, moins. Et pourtant, il gère les comptes les plus suivis de la place nantaise. Sur Facebook, le FC Nantes totalise près de 350 000 likes. À titre de comparaison, si nous additionnons ceux des comptes de la Ville de Nantes, de Johanna Rolland, du lieu unique, de Ouest-France Nantes et du HBCN, nous arrivons à peine à 164 000. Pour résumé, cet illustre inconnu pèse dans le game. Et dire que l’ancien abonné des tribunes Erdre puis Loire « comme tout gros fan » gère seul sa petite entreprise depuis La Jonelière, quartier général du FC Nantes. « On me laisse une liberté totale ». Pour preuve, sa dernière sortie qui a embrasé Twitter au coup de sifflet final du match au Parc des Princes. « Je ne suis pas rentré avec l’avion des joueurs. Je suis tout seul dans le train pour Nantes et je vois le tweet de Domenech ». Une histoire de bus à deux balles. « Je n’avais pas trop aimé son attitude au moment du recrutement de Claudio Ranieri. Je réfléchis quelques minutes. Je me demande si ma réponse n’est trop agressive. Je ne trouve pas et je balance direct ». Sa punchline désormais célèbre « @RaymonDomenech, pas sûr que vous soyez le mieux placé pour parler de bus » sera vue plus d’un million de fois. Malgré l’inspiration géniale relevant un peu du fameux but en apesanteur « Loko, Pedros, Pedros, Loko, c’est fabuleux, c’est extraordinaire ! », Lucas ne fait pas la chasse au buzz. Son job, obtenu après l’envoi d’une dizaine de CV, consiste à « insister sur les vidéos et faire interagir le plus possible les supporters ». Son boulot est payant car aujourd’hui, le FCN est le cinquième club français en terme d’engagements, c’est-à-dire en termes de personnes touchées par un de ses posts. Ses modèles 2.0 sont deux capitales de la culture club : Manchester City et le Real Madrid.
Proche de Rongier et Sala, Lucas Hervouet déborde d’idées pour faire passer de nouvelles étapes à son club de cœur. « Même si mon métier m’impose une part d’objectivité, je reste un supporter. Sur un but, je me lève et je crie. Mais cela dure à peine quelques secondes. Car rapidement, je dois reprendre mon sérieux ». Sa famille et ses amis sont fiers du parcours mais n’en profitent pas pour demander des places ou d’entrer par une porte dérobée dans l’intimité du vestiaire. Avant de le laisser filer, on demande à cet amateur de rap à la Damso et de house à la Paco Tyson ce qu’il aurait posté lors du dernier titre de champion de France obtenu à une époque où les réseaux sociaux, c’était macache. Sa réponse claque aussi fort qu’une reprise de volée en pleine lucarne : « On est Nantes, putain ! ». Tout simplement.

Le 23 novembre 2017

Par Arnaud Bénureau
Photo Gregg Bréhin

 

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