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Sep 7, 2017

Mouna

Queen M

Créatrice de bijoux ethniques lorsqu’elle se la joue à domicile, Mouna est régulièrement sollicitée à l’étranger pour partager sa vision de la femme africaine.

À l’heure du goûter, le soleil tape sur le pavé de la place du Commerce. Talons argentés en approche. Mouna débarque, coiffée d’un foulard multicolore lui-même noué au sommet d’un visage affichant un sourire XXL. D’imposantes lunettes rondes et dorées sont posées sur son nez. Autour de son cou, des colliers de toutes sortes pour représenter. Représenter quoi ? Mouna Nyhoni, sa marque de bijoux ethniques africains. Mariane Etoumbe se demande par où commencer. « Attends ! Il faut que je trouve les mots justes. Je n’ai rien préparé. » On fonce tête baissée. Et on lui demande si Mouna est un diminutif de Mariane.
« Non ! J’adore mon prénom, mais je le trouve trop strict pour mon travail. Mouna, c’est simple. On peut traduire ça par enfant dans une langue camerounaise. Il y a ce côté innocent et naturel qui me correspond bien. »
Née dans une famille où la couture est une vocation qui se décline jusqu’à la profession, Mouna nous explique avoir pourtant grandi avec la volonté de « faire autre chose » de sa tête et ses mains. Des études littéraires à Douala, et la voilà qui s’imagine revêtir la toge d’avocate. Avant qu’elle ne décide promptement de rejoindre « son homme » à Nantes. C’était il y a 15 ans. « Je me suis posée des questions. Et la passion familiale a fini par me rattraper. » Car, un temps, Mariane s’est cherchée. Enchaînant les postes de secrétaire médicale puis d’agent d’accueil, la Camerounaise a eu du mal à concilier vie professionnelle et familiale. « Je retournais instinctivement vers le tissu et la création. Je cherchais à me distinguer en fabriquant des choses originales. » Mariane devient alors Mouna. La confectionneuse autodidacte s’amuse à détourner les matières et mixer tissus, perles et chaînes. Pour des pièces revendiquées « modernes et uniques ». Colorées et soignées aussi.
En sa compagnie, on parle Samakaka d’Angola, Ndop du Cameroun et pâtes de verre du Ghana. « Mon parti-pris est de faire découvrir d’autres matières et de faire de la pédagogie. Apprécier, c’est bien. Savoir ce que l’on porte et comment cela a été fabriqué, c’est mieux. » Préférant la simplicité d’un rendez-vous à domicile à l’impersonnalité d’une transaction sur Etsy, la trentenaire s’est elle-même constituée un carnet d’adresses aujourd’hui bien rempli. Particuliers et boutiques spécialisées la démarchent ainsi régulièrement pour acquérir boucles d’oreilles, colliers, bracelets et bijoux de corps. Sa spécialité.
Depuis peu, la créatrice nantaise pousse volontiers les murs pour communiquer hors frontières, un parcours atypique et assumé. Au menu : des conférences, salons et ateliers œuvrant à la promotion de la femme africaine. Comme dernièrement au Phenomenal Women de Francfort, Mouna y est invitée pour « aider d’autres femmes à trouver leur voix », et en a fait son cheval de bataille. « Il y a une vraie problématique au niveau de la jeune femme africaine. Principalement parce qu’elle n’a pas d’exemples à suivre et que le problème est sous-estimé. Tu vois, aux États-Unis, par exemple, elles ont Oprah ou Beyoncé. » Actuellement tournée vers la troisième édition du Waxmania, festival textile haut en couleur qu’elle costume de la tête au pied, Mouna continue de propager un optimisme rayonnant. De la bonne humeur et des valeurs à distribuer.

Le 7 septembre 2017

Par Ismaël Martin
Photo Gregg Bréhin

 

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