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Avr 20, 2016

Lotfi

Passion sur mesure

Depuis les 22m² de son atelier de la Place de la Monnaie, Lotfi voit défiler les vêtements de la moitié de la ville. Aujourd’hui cantonné au rôle de retoucheur polyvalent, ce tailleur sur mesure tunisien ne rechigne devant rien.

Rendez-vous du côté du jardin du Muséum d’histoire naturelle. Une fois poussée la porte vitrée de son atelier, on aperçoit Lotfi, au milieu d’un amas de pantalons et encerclé par d’envahissants portants : « Entre mon ami ! Je vais te raconter. Mais tu sais, je suis quelqu’un de très simple ». Simplement modeste.
« À l’époque, quand tu étais mate de peau, on te disait que tu allais faire maçon ou chaudronnier. Si tu étais clair comme moi, c’était la coiffure ou la couture ». Ni une, ni deux, à ses 14 ans, Lotfi et ses yeux verts se retrouvent apprenti tailleur sur mesure, en face de l’ambassade d’Italie à Tunis. « Cela m’a passionné tout de suite. J’ai appris le métier à la main ».
Sa formation en poche, c’est « le rêve européen » en tête, que le tailleur-couturier novice pose ses valises à Nantes en 1977, pour rejoindre deux de ses frères embauchés sur les chantiers navals de Saint-Nazaire. Son premier contrat, signé dans « une boutique assez haut de gamme de vêtements homme du Passage de la Châtelaine », sera synonyme de papiers pour lui. C’est ensuite, rue Rubens, chez Hechter et Cacharel qu’il va retoucher vestes et pantalons chics pendant 10 ans. De quoi se faire un réseau dans le quartier et l’inciter, en 1990, « à un moment où les magasins n’engageaient plus leur propre retoucheur », à se mettre à son propre compte. Chez lui dans un premier temps, ce passionné de boxe – seul loisir qu’il arrive à combiner avec son métier – accumule en mode tailleur en chambre, « une vingtaine de fiches de paie par mois. C’était très dur. Il me fallait 18 heures par jours pour satisfaire la clientèle. Mais c’est comme ça. En prestation de service, il faut faire vite et bien pour s’en sortir ».
Avec deux enfants en bas âge, « je ne pouvais plus stocker les vêtements dans les chambres. J’ai trouvé l’atelier. Et puis le bouche à oreille a bien fonctionné. J’ai récupéré des particuliers en plus de la vingtaine de marques avec qui je travaille ». De Celio à Hugo Boss, le tailleur s’est désormais rangé du côté du prêt-à-porter. Sans changer ses méthodes. Adresse, rapidité et toujours ce goût prononcé pour la qualité du travail fini. Pincer, piquer, surfiler, c’est son quotidien. Constamment accompagné d’un stagiaire ou deux parce qu’il « faut transmettre », ce Stakhanov de la couture n’a que faire des médailles et, à ceux qui se demandent quand est ce qu’il va prendre sa retraite et enfin lâcher ses clients, il répond avec un sourire en coin : « Prenez les ! ».

Le 20 avril 2016

Par Ismaël Martin
Photo Gregg Bréhin
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